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Fair to Midland ou l'exemple même du groupe proprement inclassable ! S'atteler à la description de sa musique s'avère, en effet, pure gageure. Comment voulez-vous dépeindre, sans la trahir, une entité aussi difficilement discernable et pourtant terriblement fascinante ? C'est peut-être ça tout le talent du groupe : parvenir à captiver tout en restant énigmatique et insaisissable. Quoiqu'il en soit, la quatrième offrande des texans, « Arrows and Anchors » est dans les bacs depuis juillet, et si vous n'en possédez pas encore un exemplaire, alors vous êtes dans l'erreur... et je me dois de vous ramener dans le droit chemin !


Longtemps cantonnés à l'underground le plus secret, les américains ont pourtant vu Serjical Records (label de Serj Tankian) les signer en 2007, offrant ainsi une publication à grande échelle de leur troisième album « Fables from a Mayfly: What I Tell You Three Times is True ». Un opus magistral (n'ayons pas peur des mots) qui a grandement contribué à la popularité du groupe, lui ouvrant de nombreuses portes, dont une tournée en première partie de System Of A Down, et lui permettant de s'affirmer comme l'un des leaders de la scène Prog' « alternative » aux côtés de Dredg, Coheed and Cambria, The Mars Volta, Rishloo, etc. Nous assistons là probablement à la nouvelle vague musicale en provenance des États-Unis prête à nous envahir... Et aux vues de la qualité des groupes cités, qui s'en plaindra ?


Mais revenons-en à nos moutons. Comment vous résumer Fair to Midland et plus précisément ce « Arrows and Anchors » ? Et bien c'est impossible ! Notez que je ne me dédouane en aucune façon de mon rôle de chroniqueur mais, soyons honnêtes, la meilleure des façons est encore de l'écouter. Et notamment de poser une oreille sur le titre « Musical Chairs » (dont le clip est visible ci-dessous), morceau caractéristique du genre pratiqué ici, et dont on comprend aisément qu'il ait été choisi comme single de ce nouvel album. Voici la synthèse parfaite du groupe et de sa musique : une rythmique percutante, des mélodies entêtantes, un (gros) brin de folie assumé, un chant versatile impressionnant... et une irrépressible envie de se défouler en sautant partout ! Part importante de la personnalité du quintet, Darroh Sudderth expose une fois de plus tout l'éventail de son talent, avec ce timbre de voix unique, oscillant entre fébrilité, émotion et puissance gutturale.

« Amarillo Sleeps on my Pillow » représente lui aussi ce visage musical propre aux texans. La dualité entre un banjo au son minimaliste et des guitares telluriques dont les riffs décorneraient un buffle préhistorique, révèle un sens du contraste cher au groupe. Que ce soit au niveau des guitares douces ou incisives, du chant mélodieux ou énervé, des sonorités organiques ou synthétiques (« Coppertank Island ») ou du rythme versatile, Fair to Midland joue sur les antonymies avec une audace rare et cela fonctionne à merveille ! Au final, c'est unique, singulier et hautement addictif.

« Arrows and Anchors » renferme également des pièces parmi les plus violentes écrites par le groupe, que ce soit le titre d'ouverture « Whiskey and Ritalin » et son approche "in your face!", ou « Rikki Tikki Tavi », titre le plus schizophrénique du lot, où les assauts les plus virulents s'ensuivent de plages atmosphériques proches des ambiances psychés des Beatles ! Une virulence qui met d'ailleurs en exergue une parenté plus qu'évidente avec System Of A Down. On citera également « Golden Parachutes » dont les nappes de claviers et les riffs massifs sur le refrain tendent une atmosphère pesante qui englobe l'auditeur, ce qui n'est pas sans rappeler les ambiances d'un Devin Townsend (sur l'album « Physicist »). Voilà d'ailleurs un autre secret du groupe, un paradoxe qui lui va bien : ça ressemble un peu à tout, sans vraiment y ressembler !

A l'inverse, quelques titres plus « pop » dans l'esprit  viennent contrebalancer la débauche d'énergie primaire par une approche plus intimiste, mélodique et aérienne (« Uh-Oh », « A Loophole in Limbo », « Short Haired Tornado », « Bright Bulbs and Sharp Tools » ou l'épique « The Greener Grass »). On y retrouve avec bonheur ce sens inné de la mélodie qui fait mouche, du refrain qui vous rentre de suite en tête pour ne plus vous lâcher. A noter que dans ces moments les plus calmes comme dans les plus énervés, l'album bénéficie d'une production cristalline impeccable, signée Joe Barresi, qui rend justice à la subtilité complexe de la musique. Un vrai régal !


Pour conclure, une simple question :
- Oserez-vous passer à côté de l'un des groupes les plus originaux et les plus intéressants de ces dix dernières années ?




Ma note (puisqu'il en faut une) : 8,5/10


0 Comments 07 octobre 2011
Whysy

Whysy

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