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1989 – « When Dream & Day Unite » : la jeunesse, la fougue, l’envie de surprendre, le sens de la mélodie et du rythme et un indéniable talent d’écriture. 2009 – « Black Clouds & Silver Linings » : A peu près la même chose mais avec quelques cheveux blanc en plus. Déjà vingt ans se sont passés depuis les prémices du groupe. Dream Theater a maintenant mûri et n’a cessé, au fur et à mesure des albums, de faire évoluer cette signature musicale déjà présente sur leur premier opus. Cette « griffe » est maintenant maîtrisée et est considérée comme mythique dans le milieu du metal progressif.  Que pouvions nous attendre, de cette empreinte si affirmée, pour cet album que l’on peut caractériser d’ « anniversaire » ? Dixième album pour vingt ans de carrière (joli ratio soit dit en passant), cela ne peut que se fêter ! Un retour de Kevin Moore, de Derek Sherinian, un retour aux sources avec une musique orientée « Images & Words » ou encore « Awake » (la pochette pouvait y faire penser), toutes les rumeurs allaient bon train sur les forums de la toile. J’ai même lu que les américains planchaient sur un Metropolis Part 3. L’imagination (la rêvasserie ?) humaine n’a vraiment aucune limite.  Et bien ceux qui attendaient monts et merveilles risquent d’être déçus car Dream Theater nous délivre un album de tout ce qu’il y a de plus classique et dont « patience » est le maître mot. En effet, il va en falloir pour apprécier « Black Clouds & Silver Linings » à sa juste valeur. Les premières écoutes sont difficiles et on doute très rapidement de l’efficacité de certains passages et même de certaines compositions. Les singles « A Rite Of Passage » et « Wither » nous paraissent faibles voire même sans intérêt, « The Best Of Times » nous semble bien trop mielleux, on se dit que les américains ne se sont pas trop foulés avec l’écriture de « The Shattered Fortress » et enfin on se dit que la seconde partie de « The Count of Tuscany » est tout bonnement du remplissage pour arriver à une composition frôlant les vingt minutes. La seule bonne impression qu’il nous reste, même si le chant de Portnoy prête à sourire, est « A Nightmare To Remember » avec son ambiance dark et son côté ultra catchy.  J’ai décidée de commencer ma chronique comme cela car je suis conscient que BC&SL est loin de marquer les esprits dès les premières écoutes et que cela constitue un sérieux handicap pour un grand nombre de personne. Et pour en avoir parlé avec de nombreux fans, l’impression est souvent partagée. Sauf que ceux qui se seront arrêtés à cette gêne (et non faiblesse) passeront à côté d’un album, il est vrai, non absent de défauts mais surtout pétris de qualité.  Au fil du temps et surtout au fil des écoutes, tous les soit disant défauts énoncés dans les paragraphes précédents disparaissent et révèlent leur véritable force. Tout d’abord, le premier single de l’album « A Rite Of Passage » dont le clip était disponible bien avant la sortie mondiale de l’album. Un titre, dans la veine d’un « Constant Motion », à la structure classique et qui se veut assez direct. Si « Constant Motion » pêchait par un certain manque d’efficacité, « A Rite Of Passage » jouit d’un refrain prenant (même si il faut du temps pour s’en rendre compte) et tire sa force d’un duel guitare/clavier ébouriffant. Le riff guitare hyper percutant et le complément vocal de Portnoy apportent une dose d’agressivité qui permet de créer un équilibre avec le côté un peu languissant de la mélodie. Au final, « A Rite Of Passage » est un bon titre mais qui a malheureusement du mal à jouer son rôle de single. En effet, un single se doit d’être percutant dès les premières écoutes pour inciter les consommateurs à acheter l’album. Et puisque ici, le temps d’appropriation du titre est long, nul doute que BC&DL est quelques difficultés à se faire acquérir par les non connaisseurs du groupe.  Comme je le disais plus haut, toutes les compositions ont besoin de temps pour se révéler. Enfin toute sauf une : « Wither ». Qu’on l’écoute dix, vingt ou même cinquante fois, il faut bien avouer que la ballade de l’album est ratée. Bien que le premier couplet fonctionne plutôt bien, celui-ci est massacré par un refrain niais au possible sonnant beaucoup plus « pop » que metal. Fort heureusement, cette composition est la seule à ne pas être sublimée par le temps.  « The Shattered Fortress » est la suite et fin de la série écrite par Mike Portnoy concernant les Alcoolique Anonymes. L’impression de facilité provient du fait que cette dernière partie reprend plusieurs mélodies et rythmiques des anciens titres (« The Glass Prison », « This Dying Soul », « The Root Of All Evil » et « Repentance »). On a l’impression d’écouter un medley de tous les morceaux de la série « AA ». Mais là où les américains forcent le respect, c’est qu’ils arrivent à faire coïncider une toute nouvelle rythmique, ma foi explosive, avec les anciennes et ce de façon fluide et cohérente. Le dialogue LaBrie/Portnoy, façon « The Glass Prison », est saisissant et le jeu incisif de Petrucci et Rudess est admirable. Je vous conseille d’écouter les cinq morceaux de la série « AA » à la suite pour que la sensation de simplicité de la première écoute soit changée en prosternation devant le génie d’écriture du groupe.  Un peu oublié sur « Systematic Chaos », l’aspect émotionnel refait surface chez Dream Theater sur les titres « A Nightmare To Remember », « The Count Of Tuscany » (seconde partie) et surtout « The Best Of Times ». Cette dernière, de prime abord assez mielleuse, prend tout son sens avec les paroles. Cette composition est écrite par Mike Portnoy en hommage à son père décédé. Et comment ne peut on pas être touché par ses paroles à la signification si forte portées par une mélodie mélancolique à souhait. L’émotion est à son paroxysme dès l’ouverture du morceau avec ce violon et cette guitare sèche enrichis d’un fond de piano. Le chant d’une justesse rare (doublé par Portnoy) arrive après une jouissive montée en puissance de la batterie et de la guitare. Le refrain est terriblement prenant et s’amuse à jouer avec nos glandes lacrymales. On atteint le divin avec le final où Petrucci nous signe peut être un de ses plus beau solo (niveau feeling). Il faut se le dire, « Wither » est vraiment de trop. « The Best Of Times » est LA touche de sensibilité de l’album.  Un autre moment émotionnellement fort est présent sur « The Count Of Tuscany ». Le titre coupé en deux parties par un passage de clavier planant et aérien (à la « Octavarium » ou encore à la « Trial of Tears ») navigue entre puissance, efficacité, technique (1er partie) et émotion (seconde partie). La dernière partie qui pouvait sembler être du remplissage complète finalement parfaitement bien la première. Le côté technique du début de chanson (un peu à la « Images & Words ») et le refrain fédérateur (le meilleur de l’album) de la première moitié est équilibré par l’émotion, la mélancolie de la seconde. Le passage atmosphérique de Rudess (moins indigeste que celui de « Octavarium ») est intégré de façon idéale et permet une entrée en douceur dans la dernière ligne droite mélodiquement prenante et touchante. Un morceau qui met en avant absolument tous les points forts du groupe ; un morceau qui restera un des grands de Dream Theater.  « A Nightmare To Remember », seul titre marquant sur les premières écoutes, atteint des sommets lorsqu’on s’y attarde. Sa force réside dans le fait qu’il allie puissance, technique et émotion mais, contrairement à « The Count Of Tuscany », de façon entremêlées. Musicalement la composition suit les différentes phases d’un accident de la route qui va de l’accident à la phase de révolte contre le fautif en passant par la phase de recueil. On retrouve donc une première partie (l’accident) à l’ambiance dark (le clavier est superbe) avec une rythmique lourde et une guitare acérée, une seconde partie (le recueillement) avec une guitare sèche et un LaBrie au mieux de sa forme et enfin une dernière partie (la révolte) complètement folle, très progressive, avec solo, passages violents (dont un étonnant passage de blast beat à la batterie). On regrettera le chant assez ridicule de Mike Portnoy sur un passage surtout que celui-ci était bien écrit mais demandait quelqu’un d’autre vocalement. A part ça, ce titre est un chef d’œuvre, un modèle de structure et de fluidité.  Niveau composition, seul deux peuvent paraître faibles, dont une extrêmement faible. Ce qui peut semble beaucoup mais sachant que l’album dure 75 minutes et que ces deux réunies ne dure que 14 minutes, ça laisse 61 minutes de pur bonheur. Mais je l’accorde cela enlève de la pertinence à l’ensemble de l’album est c’est bien pour ça que ma note n’est pas plus élevée. Niveau musiciens, un seul est plus faible que les autres et même bien plus faible. John Myung est presque inaudible tout au long de l’album. Seul le début de « A Nightmare To Remember » a le privilège de nous faire écouter le son de ses cordes. Sinon c’est le néant absolu. Heureusement que Petrucci équilibre la balance ! Il est absolument exceptionnel sur cet album. Ses interventions sont toutes pertinentes que ce soit rythmiquement ou mélodiquement parlant. Il surpasse ses collègues et tient presque à lui seul tout l’album sur ses épaules. LaBrie est comme à l’accoutumée très juste, il véhicule beaucoup d’émotions et les lignes vocales doublées avec Portnoy (en grand nombre) sont exquises. Vocalement, Portnoy est assez risible mais au niveau gestuel il est toujours aussi fort. Son jeu varié, composé de très nombreuses descentes de fûts, est toujours aussi percutant. Et enfin Rudess brille plus par ses nombreux arrangements et ses sons épars (sonnant divinement bien) que par sa technique pure, même si celle-ci n’est pas oubliée (« A Rite Of Passage », « The Shattered Fortress »).  Je suis désolé de cette longue (c’est du prog après tout) et souvent répétitive (je le conçois) chronique mais je voulais vraiment vous montrer la force de chaque chanson. Car cet album n’a pas d’univers particulier, il est très hétérogène et demande que chaque composition soit analysée en détail et indépendamment des autres. Et c’est peut être dans ce sens que cet album ne plaira pas à beaucoup de personne car ce genre d’album demande beaucoup de temps avant d’être apprivoisé. C’est pourquoi, je vous en supplie, et ce n’est que la 69ème fois que je vous le dis, prenez beaucoup de temps pour écouter Black Clouds & Silver Linings, mais alors BEAUCOUP DE TEMPS. Cela en vaut la peine. Merci !

0 Comments 31 juillet 2009
Whysy

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