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Une précision avant de commencer : cette chronique ne traite que du CD de Last Curtain Call.


Voilà donc le dernier disque de Theatre of Tragedy. Pour l’occasion, impossible de ne pas revenir sur la carrière du groupe, précurseur du metal gothique mêlant chanteuse et growleur, premier groupe de Liv Kristine, leurs incursions dans un metal plus electronique, de nombreux changements de line-up, un retour à une musique plus traditionnelle. Que le genre plaise ou non, les norvégiens ont influencé toute une génération de groupes, et ont passioné de nombreux fans.
L’annonce de leur séparation, après 17 ans de bons et loyaux services, aura résonné dans les cœurs de tous ces gens, et le combo a fait tout son possible pour publier un dernier opus afin de rendre la nouvelle un peu moins dure à accepter.

C’est dans ce contexte qu’est arrivé, après moult péripéties (surtout financières) Last Curtain Call. Un DVD / CD live enregistré lors des derniers concerts. Avec un titre évocateur, et une couverture angoissante, on retrouve l’ambiance sombre si chère au groupe.

La tracklist aura certainement été choisie avec une attention toute particulière, et retrace avec une quasi exhaustivité toute la carrière des norvégiens. Seulement quasi puisqu’on ne retrouve sur ce CD aucun titre de l’album Assembly. A part cette absence [s]qui, il faut le reconnaître, n’est pas forcément un mal[/s], tous les autres albums sont représentés. En masse, comme Forever is the World ou Velvet Darkness they Fear, ou plus discrètement pour Storm, Musique, Theatre of Tragedy ou encore Aégis. Même leur premier EP, A Rose for the Dead, est représenté.

En mettant de côté l’aspect émotionnel représenté par l’album, qui pousserait à donner les yeux fermés la note maximale, ce live comporte un certain nombre de faiblesses qui tendent à gâcher le plaisir de l’auditeur. La première de ces faiblesses est la plus ennuyeuse pour un live : il n’y a tout bonnement pas d’interactions avec le public. J’exagère un chouïa : on entend, sur quelques chansons, Nell prononcer quelques mots. Et le public applaudit entre chaque morceau, et siffle même lors de l’arrivée de la batterie sur Forever is the World. A part ça, rien. On aurait aimé entendre un jeu avec l’audience, comme le faisait si bien Roy Khan sur Forever par exemple, mais ça n’est pas le cas, et c’est un peu triste. Par conséquent, certains titres (Hollow et Storm particulièrement) se démarquent assez peu de leur version studio.

L’autre faiblesse serait la voix de Raymond Rohonyi, qui devait être en petite forme lors du show : ses growls tendent à ressembler à des gargouillis sur la plupart des morceaux, et sont d’une monotonie assez frappante. On regrette par exemple que les effets appliqués à sa voix dans la version studio de Ashes and Dreams ou de Storm ne le soient pas en live, et les doutes qui commencent sur Hide and Seek ne seront malheureusement presque jamais effacés tant ses interventions sont désagréables à l’oreille. Presque parce que sur Machine, sa voix fonctionne mieux, et se couple très bien aux effets presque Benny Bennasiesques et à l’ambiance gothique.

Heureusement, l’album dispose d’arguments solides pour rattraper ces faiblesses. Le premier d’entre eux est la voix de Nell Sigland. La jeune femme est parfaite dans son interprétation, et sait chanter à la fois les morceaux des albums Storm et Forever is the World, et ceux des albums précédents, initialement prévus pour Liv Kristine avec brio, dépassant parfois la performance de l’ancienne vocaliste. Sa voix donne de la force à son personnage, qui était très effacé à cause de la voix éthérée de Liv ; ainsi sur A Hamlet for a Slothful Vassal, Bring Forth ye Shadow ou sur A Rose for the Dead, elle nous montre que les brunes comptent pas pour des prunes. On regrettera pourtant Liv Kristine sur deux morceaux particulièrement : Venus, où le timbre de Nell (qui rappelle parfois celui de Jonsu d’Indica) n’arrive pas à rendre l’ambiance aussi magique qu’auparavant, et sur And When he Falleth, où on entend quelques faussetés.
Le titre Image mérite enfin qu’on s’y arrête un instant. Longtemps décrié par les fans, le morceau montre ici qu’il est intéressant, et permet d’alléger à travers son rythme plus optimiste, l’atmosphère pesante du reste du live. Voilà un passage où le public a du sauter joyeusement.

L’autre force de l’opus, c’est cette tracklist qui, tout en retraçant l’histoire du groupe, construit une ambiance triste. Bien sur, c’est inhérent à la qualité gothique des norvégiens, mais on ressent presque dans le choix des morceaux qu’il s’agit d’un au revoir aux fans. Des morceaux comme Frozen, Hollow et sa montée en puissance dramatique, ou les ballades Fade (qui voit enfin un chuchotement réussi pour Raymond !) et Forever is the World sur la deuxième moitié du deuxième CD sonnent joliment le glas de Theatre of Tragedy.

Il faut reconnaître que le groupe ne s’est pas moqué de ses fans, parmi lesquels certains ont participé financièrement à la création de ce projet. L’album jouit d’une très bonne post-production, les seize morceaux durent un peu plus de deux heures, et feront un bon palliatif sans ordonnance pour ceux qui ne se remettent pas de la fin du groupe.

0 Comments 25 mai 2011
Whysy

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