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On ne peut pas dire que la musique instrumentale soit sur le devant de la scène, ni qu’elle soit réellement fournie en nouveaux groupes ces derniers temps (qu’on ne me parle pas de Djent !). Il y a une raison à cela. La musique instrumentale est extrêmement difficile à réaliser car il s’agit de faire réellement « chanter » les instruments. En effet, dans celle-ci, les gens ne peuvent pas se rattacher à une voix humaine (qui est l’instrument que leur oreille connait le mieux). Elle demande donc une VRAIE maitrise instrumentale (et ce n’est pas donné à tout le monde). Et souvent, en général, je constate que les gens décrochent sur les passages instrumentaux. Toute la difficulté est là, savoir garder l’attention et faire vibrer autant les musiciens que les néophytes alors qu’on joue une musique qui va exploiter les instruments jusqu’à l’os. Il y a, en gros, deux partis qui vont s’opposer dans le style. Il y a ceux qui vont écrire des morceaux très complexes pour chacun des instruments et où le travail de mise en place pourra presque primer sur la mélodie. Puis, il y a ceux qui écrivent des « chansons » pour instruments et qui vont plus penser le « chant » avec l’instrument. Il y aussi un juste milieu bien sûr. Poppy Street se situe plus vers le côté « chanson » instrumentale et ce, ne laissons pas plus de suspens, avec brio.

Alors, pour éviter toute mauvaise interprétation, je tiens à dire que le côté « chanson » ne signifie pas que c’est plus facile à faire, bien au contraire. Cela demande un groove, un son et un phrasé ultra développé car on doit soutenir la musique avec des mélodies, et ce, sans déballage technique de groupe. De plus, il s’agit ici d’une formule power trio, ce qui rend l’exercice d’autant plus difficile (même si quelques nappes de claviers et quelques secondes guitares viennent enrober le tout). Vous vous en doutez, dans cet album, l’instrument soliste est le plus souvent la guitare électrique. Elle est tenue par Franck Graziano qui assure son poste avec une grande classe. Le son de guitare est particulier et personnel. On sent vraiment les lampes de l’ampli (Marshall hein ?) qui chauffent, beaucoup de grain et une plénitude dans le son qui est juste magnifique. Les effets ne viennent pas polluer le son, ni le grossir à outrance. On sent bien que ce sont les doigts qui font en grande partie le travail. D’où la présence de quelques petites imperfections rythmiques (de l’ordre de la milliseconde) qui ne feront que renforcer le côté humain très appréciable dans cette époque où tout est surproduit et quantifié.

La basse et la batterie ne feront que renforcer cette impression « d’honnêteté » dans le son et dans le jeu. On entend bien que ce sont des humains qui jouent et l’ambiance générale est très acoustique. Puis il y a une vraie batterie sans trigg où on entend bien le son du bois et du métal ! Le jeu de Nicolas Taite est précis, le son très équilibré et la frappe très belle (la caisse claire est super !). Le son de basse est rond, précis et puissant (les graves de « A Wall Of Sound », la baffe). Le jeu de Stéphane Graziano est excellent. Il ferait même groover une ligne de croches. Et, en plus de tout ça, c’est peut-être clairement des humains, mais quels humains ! Ca groove, ça tourne, ça ne surjoue pas, et le duo nous gratifie de lignes jouées en cohésion parfaite qui ne font que renforcer la puissance de l’œuvre. La rythmique du solo de « Curiosity » ou la rythmique de « The Fighter » sont de bons exemples. Le groupe a réellement ma gratitude pour le son proposé car c’est rare d’avoir un timbre si proche de la réalité que nos oreilles peuvent entendre quand elles sont en face des instruments.

De plus, Franck et sa bande se sont fendus d’invités de marque qui viendront poser des soli et des mélodies très pertinentes sur la galette (on retrouvera Christophe Godin, Arnaud Neogeofanatic, Roman Rouzine, June Bone, Florent Passamonti et Alex Cordo).

Mais la musique, en elle-même, que vaut-elle ? Je vous ai parlé de chant plus tôt dans cette chronique n’est-ce pas ? Eh bien, le plus gros avantage de ce disque, c’est que la guitare chante réellement et réussie à ne pas nous faire regretter une voix. De plus elle est mise en avant par des riffs et des mélodies extrêmement colorées et magnifiques.

On sent une intensité fabuleuse dans le phrasé et il y repose une certaine fragilité (dans le bon sens du terme). Malgré une technique excellente, les émotions ne sont pas brimées du tout. On sent bien que le but n’est pas de montrer que chez Poppy Street, on joue le plus vite possible. Rien que la mélodie de « Takeoff ! » nous transporte déjà loin. C’est « cosmique » comme il est dit dans la description de l’album sur le site officiel.



L’esthétique est rock et on trouvera même des morceaux doux pleins de feeling tels que « November 21 » avec ses soli flamboyants et groovy ou bien « Atom » qui est la ballade ternaire blues/funk du disque (où les soli sont tout aussi beaux). La présence de son clair et d’accompagnement en accord à la basse (« Odyssey ») permettent de varier les sonorités et rajoutent de la fraicheur au disque. Les grilles d’harmonies ne sont pas révolutionnaires, mais elles prennent du relief grâce aux notes supplémentaires (septièmes et autres), voire étrangères, suggérées par la guitare (le riff de « Curiosity » en tapping, par exemple, qui fait prendre tout son sens aux fondamentales jouées par la basse). Beaucoup d’accords avec plus de trois sons (wouaaaaa !) ne manqueront pas d’ouvrir l’harmonie de façon très agréable. Les secondes guitares et la basse se partageront ce rôle crucial.

Autre point positif, on voit bien la différence entre les thèmes et les soli qui sont joués avec une parfaite exécution et toujours le côté humain qui va bien. Les choix de notes sont excellents et ils ne s’apparentent en rien à du déballage inutile. Certaines harmonisations (qui ne sont pas à toujours à la tierce ! OUI !) raviront nos oreilles (comme dans « Atom »). Franck a vraiment son style/touché qui est excellent et personnel. La technique ne lui fait évidemment pas défaut et on aura droit à de belles dégelées de notes qui, cependant, resteront toujours musicales.

Le groupe nous gratifie aussi de quelques riffs en mesures impaires qui font beaucoup de bien ! Le riff en 5/4 de « Odyssey » et le break puissant et élaboré de « Apocalypse » seront amplement suffisants pour vous en convaincre. Ces cassures rythmiques permettront d’apporter de la fraicheur au milieu de toutes ces carrures en 4/4. On ne les appréciera que mieux. Les riffs en 4/4 sont tout aussi bons de toute façon. Celui de « Electric Universe » est très rock et très aérien à la fois, génial ! Il nous emmène en plus vers un très bon thème tout aussi aérien et puissant.

Mais, au final, y a-t-il des défauts dans ce disque me direz-vous ? Eh bien, ce ne sont pas vraiment des défauts mais quelques regrets. Par exemple, on pourra regretter qu’il n’y ait pas plus de mélodies comme celle de « Under The Rain » qui est modulante et donc particulièrement intéressante. Poppy Street sait parfaitement écrire ce genre de chose et il aurait été plaisant d’en entendre plus. Autre point qui peut être vu comme négatif, c’est l’homogénéité du disque. En effet, dans un sens c’est un bon point car le groupe est très reconnaissable au niveau de la couleur et de l’écriture. Mais une fois la marque de fabrique installée, il aurait pu être intéressant d’aller à la découverte d’autres types d’écritures (des choses plus dissonantes par exemple ? ou des grilles qui surprennent plus dans leur progression). D’un autre côté, cela permet d’éviter un pseudo Jazz-fusion trop intellectuel et donc de respecter l’esthétique rock. Par conséquent, ce choix se défend puisque les titres gardent tout de même une certaine personnalité. Heureusement, ce ne sont que des constats que l’on peut se faire à la fin de l’écoute du disque. J’y ai pris personnellement beaucoup de plaisir. Ce sont donc, en quelque sorte, des suggestions.

Il s’agit, malgré ces quelques petits points qui ne sont pas nécessairement de gros défauts, d’un excellent album où on sent un énorme travail et une grande implication humaine. La musique est d’une qualité réelle et elle vient du cœur. J’ai réellement vibré à maintes reprises à son écoute. Rien que pour ça, l’album mérite un 9/10. Et, il est bon de le répéter, la plus grande qualité du disque est que malgré l’omniprésence de la guitare, c’est bien un disque de musique au sens large du terme et non un disque de guitare ! Bravo à Poppy Street pour cette seconde livraison qui est une vraie odyssée pour les oreilles et l’âme !

Adrian Frost

0 Comments 08 avril 2013
Whysy

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