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Il est difficile de présenter Steve Hackett sans lui ériger une statue.
Guitariste génial, visionnaire, pionnier du rock progressif au sein du mythique Genesis, il a ensuite mené une carrière solo expérimentale de touche à tout surdoué.

«Out of the tunnel’s mouth» prolonge le rêve éveillé que propose Steve Hackett depuis «Voyage of the Acolyte». La recherche des paradis artificiels dans le rock s’étant aseptisée, il est recommandé, de temps à autre, de se plonger dans un disque tel que celui-ci, afin de goûter à des ambiances imprévues, imprévisibles, et à des morceaux à l’imaginaire riche, voire même flamboyant. Là où on ne pourrait entendre qu’un morceau, on en perçoit bien souvent plusieurs, successifs ou concommittants.
Encore une fois, le maître s’est bien entouré. Une fois de plus, son frère à la flûte, Chris Squire ou Nick Beggs à la basse, Anthony Phillips au stick. Roger King gère les claviers, Dave Stewart la batterie, on ne saurait tous les citer. On ajoutera tout de même que les vocaux féminins sont l’oeuvre de la nouvelle compagne de Steve, récemment divorcé. À ce propos, inutile de chercher une explication ésotérique au changement de label, «Camino» ayant visiblement perdu ses plumes dans la bataille juridique du divorce, d’où ce nouveau label également créé par Hackett.

Le conte est donc là, se déployant devant l’auditeur. «Fire on the moon» s’ouvre comme on lancerait une hypnotique boîte à musique : entre refrains accompagnés de notes enfantines, se faisant plus inquiétantes à la fin du morceau, et les envolées lyriques de guitare, le temps semble un peu s’être arrêté il y a plusieurs décennies, mais le titre n’en est pas pour autant daté... Magie.
«Nomads» est un titre plus léger : venant juste après l’étourdissant morceau d’ouverture, son refrain  discrètement accrocheur laisse progressivement place à une ambiance festive, qui avait été annoncée par les notes espagnoles de Chris Squire en début de titre, et c’est encore une démonstration du talent de Hackett à manipuler nos sensations, nos émotions.
«Emerald & Ash» sonne en forme d’hommage nostalgique aux années 70, violon et alto portant le chant mélancolique, presque plaintiff... jusqu’à ce que l’expérimentation magnétique à la guitare et au stick rappelle l’auditeur de ses songes à une écoute plus attentive. Celle-ci est nécessaire pour apprécier le délire instrumental qu’est le morceau suivant, un «Tubehead» déconcertant tant la guitare y est surprenante. Une perle de rock progressif, pure et brute. «Sleepers» est une envoûtante rêverie prenant parfois des contours de cauchemar. «Ghost in the glass», instrumental moins barré que «Tubehead» n’en est pas moins onirique, et, à l’heure où une foultitude de talents se presse pour se mesurer à la gloire, démontre l’immense chemin à parcourir pour parvenir au panthéon du rock/métal, si tant est qu’ici, l’étiquette ait la moindre importance. «Still waters» prend le risque d’introduire des choeurs aux accents gospels, et, est-il nécessaire de le dire ? Cela aussi fonctionne, et, grâce au subtil dosage du chant, met encore en valeur la guitare exceptionnelle... celle de Steve.
Enfin, le dernier morceau, puisant aux sources de l’orientalisme, s’ouvre avec la crainte d’entendre des redites : la mode des sonorités d’un Orient fantasmé a souvent laissé une sensation de carte postale aux couleurs criardes. Mais ce n’est pas le cas de «Last train to Istanbul» : Hackett n’a pas besoin de démesure, une maîtrise parfaite des rythmes et la flûte enchantée de son frère couvrent le morceau du manteau des milles et une nuits...

Alors, oui, bien sûr, nos pères réentendront leur jeunesse, car la nouveauté n’est pas évidente, et se plaindront d’un chanteur parfois las, même si la guitare atteint toujours la perfection. Cependant, si vous considérez souvent être né trop tard, jetez vous sur ce disque.
Et même si ce n’est pas le cas, faites le tout de même, il est déjà culte.

0 Comments 07 avril 2010
Whysy

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